dimanche 14 décembre 2008

Les petites gourmandises de Mémé

En ce moment, je ne fais rien. Je caresse mes chats et je pense à Dédé. J'ai décidé d'attendre qu'il me fasse signe car ce n'est pas à mon âge que je vais courir après un homme. Les heures filent assez vite en hiver, c'est l'avantage : je ne trouve pas le temps si long. Je me suis fixée comme règle de ne pas sortir de mon lit avant que le jour ne soit levé. Si une envie pressante m'y oblige, j'utilise le pot de chambre de feu mon mari, Tatave. J'étais un peu écœurée lorsqu'il s'en servait, dès notre première année de mariage. Etre réveillée par le bruit d'un jet d'urine contre l'émail du récipient n'a rien de bien folichon pour une jeune épousée. Mais aujourd'hui, en saisissant l'objet, il m'arrive d'éprouver une drôle de nostalgie et je reconnais en hochant la tête que Tatave avait un sens pratique étonnant.

Vendredi matin, pourtant, c'est le téléphone qui a interrompu un sommeil sans rêve et une nuit sans réveil. Gisèle, d'une voix serrée, m'a annoncé cette fois c'est Martin Lepeu et j'ai su que, bon gré mal gré, je devrais ce jour-là sortir de mon appartement. J'ai souri car j'aime bien les enterrements. Pas que je me réjouisse que des amis ou connaissances cessent de vivre mais à nos âges, la plupart du temps, ça ne change pas grand chose et c'est l'occasion de partager un buffet avec ceux qui restent. J'ai raccroché et le périple a commencé. Il m'a fallu passer des vêtements propres et mettre de l'eau de toilette, enfiler mon manteau étriqué, retrouver un sac à main de vieille dame honorable et sortir de l'appartement. Le tout m'a occupée deux bonnes heures et m'a épuisée. Pour une fois j'ai appelé l'ascenseur. Après des jours d'immobilité mon corps rechignait à fonctionner correctement et j'avais des vertiges.

Malheureusement, l'engin s'est arrêté au cinquième et la petite mère célibataire est montée. Pendue au bras d'un homme visuellement très agréable, elle gloussait en me saluant d'un signe de tête. Elle s'était métamorphosée depuis ma dernière lessive chez elle et portait résilles, robe fourreau et maquillage de gourgandine. Ce qui n'avait guère changé, en revanche, c'est son haleine, demeurée très alcoolisée. Elle m'a fait un clin d'œil puis a plongé sa langue dans la bouche de son compagnon. Au quatrième, le don juan de service est monté à son tour et je me suis retrouvée plaquée contre le miroir. J'ai regretté de m'être parfumée car, habituellement, personne ne monte dans l'ascenseur lorsque j'y suis. J'ai vu le visage du bellâtre se décomposer, ses yeux embrasser en quelques secondes, la tenue de la jeune femme, et la façon dont elle se collait contre son amant. Il a fallu que je me retienne de ne pas rire.

Dans la rue, mon taxi m'attendait et nous avons filé au Père Lachaise. Je suis arrivée en retard comme prévu et Martin était déjà dans le trou. Le religieux a prononcé les fadaises de circonstance et chacun a jeté une rose sur le cercueil. Gisèle a clopiné vers moi ainsi que Jules, Gaston, Marinette, et Rose et nous avons suivi la famille jusqu'au buffet. Ils allaient vite les mufles et ils avaient choisi un restaurant assez éloigné où des toasts ridicules baignaient dans la mayonnaise. J'ai chipoté sur la nourriture mais Jules m'a apportée plusieurs verres de vin que j'ai avalés jusqu'à la dernière goutte.

Quelques heures plus tard, je suis rentrée chez moi en titubant, affamée, pour me rendre compte que j'avais oublié de faire des courses. Dans le frigo il n'y avait que quelques boites pour les chats et dans la boîte à pain un quignon de pain. J'ai sorti la boîte entamée après avoir fermé la porte de la cuisine, histoire de ne pas être attaquée par les plus coriaces de mes chats, et j'ai étalé une bonne couche de Whiskas sur le pain.

Vous savez que ce n'est pas mauvais cette affaire ? C'est même si bon que j'ai fini la boîte !

12 commentaires:

Catherine a dit…

Tiens, ça me fait penser que je dois apporter du foie gras pour un dîner chez des amis. Je me demande si je ne vais pas le garder et mettre du Wiskas dans une jolie terrine. Si c'est bon, ils ne verront peut-être pas la différence. Avez-vous pris le temps de regarder les jolies tombes au Père Lachaise ?
Et allez faire des courses, bon sang !

noèse cogite a dit…

Enfin de vos nouvelles !
Heureuse de voir que vs avez tout un sens de la débrouillardise..laissez un peu votre lit et sortez faire vos commissions...moi morte de faim , je n'aurais pas pu vs imiter.

Mémé a dit…

Catherine, jeune fille, vous avez des idées brillantes parfois ! A votre place c'est ce que je ferais et je me barboterais le foie gras seule avec mon jules...

Noèse, Les courses sont faites gamine ! Mais je crois que de temps en temps je me referai des tartines de pâtée pour chats parce que j'ai bien aimé !

Jules a dit…

Du visquasse sur du pain ??? Vous savez que c'est fait avec des têtes de poulets et des tripes de chats ?

Cédille a dit…

J'ai mieux pour vous Mémé, laissez-donc vos boîtes pour chats et choisissez le pâté Hénaff !

Le pâté Hénaff... le pâté du Mataf !

Mémé a dit…

Jules, racontars que tout cela mon petit !

Cédille, êtes vous saoule, jeune fille ?

Cédille a dit…

Bonsoir Mémé,

Saoûle Cédille ? Diantre non, j'ai toute ma tête et je suis bien droite dans mes bottes, en tout cas suffisamment pour prendre un immense plaisir à vous lire ! Je bois vos lignes comme du petit lait, même mon chat en redemande !

Je vous souhaite une très bonne nuit Mémé.

rotko a dit…

En passant j'ai pris plaisir à lire ces petits messages pleins de vie et d'insolence...ils montrent que tout va bien, que l'esprit est alerte et que le trait est vif !

bonne continuation, et à bientôt à moins qu'on se revoie avant !

cocole a dit…

faut pas copier sur tatie danielle, cette femme n'est pas un exemple!

noèse cogite a dit…

Joyeux temps des fêtes..on ne va oublies pas!

stephanie a dit…

Mémé, j'espère que ta fille t'as fait parvenir de bons produits pour les fêtes, et qu'elle l'a fait via la poste. Rien de plus emmerdant que les obligations familiales vides de sens. Non parce que franchement, le whiskas c'est dégueulasse, sauf en temps de guerre.
Tatie Danielle, quant à elle déguste du canigou à même la boîte, ce qui est proprement écoeurant, cocole, rien à voir avec mémé l'esthète!

la discrete a dit…

Trop heureuse d'avoir enfin retrouvé votre blog !
Mon ordi s'était planté et j'avais perdu votre adresse. Çà fait des semaines que je vous cherche.
Voilà : J'aime beaucoup vous lire