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vendredi 13 mars 2009

Mémé ressuscitée

Ce matin mon fils et ma fille m'ont enfin déposée chez moi. Ils me tenaient chacun un bras, ça me faisait hausser les épaules jusqu'aux oreilles. Ça va, je disais toutes les deux secondes, vous pouvez me lâcher maintenant, mais ils se cramponnaient comme s'ils craignaient, eux, de chuter.

Rossinante a été la première à m'accueillir. La pauvre, elle m'a semblée un peu moins joufflue et j'ai aussitôt soupçonné la voisine d'avoir économisé les croquettes pour se payer des sous-vêtements affriolants. Mais non, Maman, Barnabé a dit, tu te fais des idées, regarde son ventre, il traîne par terre...
Reste poli avec mes chats,
j'ai répondu. Puis Coco a ondulé entre mes jambes et je me suis baissée pour le caresser. Loulou nous observait à quelques mètres, prudent, crachait si un autre s'approchait de lui. Dans l'appartement tout semblait en ordre. Mais en entrant dans le salon, j'ai remarqué un paquet cadeau au milieu de la table. Il reposait sur un horrible napperon rose, accompagné d'un mot : Bon retour à ma voisine. Signé : Gigi. Un chat avait mordillé le ruban qui frisait au centre.

J'ai proposé à Céleste de l'ouvrir à ma place. Je me sentais fatiguée d'un coup. Je me suis affaissée sur le canapé. Aussitôt Moustache a sauté sur mes genoux et Renart, allongé sur le dossier, s'est mis à mordiller mes cheveux. Céleste a procédé à la manière des vieux, passant un couteau sous les morceaux de Scotch. Avant de regarder le contenu, elle a plié le papier très soigneusement et l'a lissé des deux mains. Barnabé a gloussé et je me suis méfiée. J'ai tendu les bras et ma fille a apporté l'objet, un tableau, apparemment. J'ai d'abord vu des fleurs partout dans des tons violet et rose. Une fois dépassé le premier choc visuel, j'ai distingué une femme, minuscule allongée sur un pétale de rose. Elle était nue et souriait d'une façon suggestive. C'était ma voisine.

Je crois que je ne me sens pas bien, j'ai dit en laissant tomber le cadre à mes pieds.
Oh Maman, qu'est-ce qui se passe ?
Barnabé a demandé.
J'appelle le docteur ! Céleste a dit.
Mais non, c'est juste que je ne pourrais jamais afficher ce machin chez moi... Enfin, vous imaginez ?
Moi je le trouve pas si laid
, Barnabé a répondu. Ah ah ! Bien sûr, ça ne nous étonne pas de toi, hein Maman ? Céleste a grogné.
Laissez-moi,
j'ai demandé d'un coup.
Quoi ? a dit Céleste.
Ben partez... J'ai envie de rester seule avec mes chats maintenant.

Ma fille a frotté son perçage de langue sur ses dents. J'ai horreur quand elle fait ça. Mais elle semblait choquée alors je lui ai laissé le temps d'accuser le coup. Barnabé s'était levé quand elle a hoché la tête : Bon, j'ai mis de nouvelles savonnettes dans la salle de bain, hier. Tes habits sont rangés aussi. Il y a tout ce qu'il faut dans ton frigo. Je suppose que ça ira...
Céleste,
j'ai dit, c'était juste une crise d'appendicite ! Ça arrive à tout le monde.
Enfin, à ton âge,
elle a râlé comme si c'était de ma faute.

Dès que la porte s'est refermée sur eux. J'ai réfléchi à ce que j'allais dire à Dédé ce soir. Il allait être sacrément surpris de me revoir, le vieux !

dimanche 9 novembre 2008

Céleste et Albert

Ma fille Céleste est venue, comme par hasard, me rendre visite le 2 novembre, accompagnée de son fiancé Albert. Je suppose qu'en choisissant de venir le lendemain de ma toilette mensuelle, elle pensait épargner l'odorat de son jules - odorat, qui à en juger par la taille de l'appendice où il s'exprime, doit être tout bonnement exceptionnel.

Malheureusement pour eux, j'avais retardé mes ablutions. Dédé, la veille, alors que nous dormions sur ses cartons, au pied du Sacré-Cœur, m'avait avoué qu'il adorait l'odeur de mes aisselles. Les compliments de Dédé font comme des feux d'artifice dans mon crâne. Il m'arrive même d'essuyer des larmes aux coins de mes yeux. Je ne voulais pas risquer de le décevoir en me lavant...

Céleste a reniflé en m'embrassant. Je lui ai dit Tiens, tu as encore planté un truc dans tes sourcils ? Elle a haussé les épaules. Albert, à distance, m'a tendu une main molle. J'ai vu que, par-dessus ma tête il lançait un regard colérique à ma fille. Ne croyez-vous pas jeune-homme, qu'en ôtant un ou deux clous de votre tarin, il ressortirait moins ? Je n'ai pas compris le sens de ses bredouillements parce que Céleste a quasiment crié Maman ! La pauvre petite semblait outrée. Elle devrait pourtant avoir l'habitude que je les taquine sur leurs perçages. Je ne m'en abstiens quasiment jamais.

Ils avaient amené des gâteaux à la crème, mes préférés et ça m'a presque mise de bonne humeur. Puis Céleste a décidé d'animer la conversation ; elle avait sans doute trouvé l'idée dans un magazine chez le dentiste : Tu sais , Maman, qu'à ton âge on peut encore rencontrer l'amour ? Ah bon, j'ai répondu, tu m'en diras tant ! Je te parle sérieusement Maman, elle a repris - ma fille n'a guère d'humour-, si tu veux je t'accompagnerai à une de ces soirées... A Paris il y en a plein. Ah bon, j'ai répondu, ce n'est peut-être pas une mauvaise idée. Tu serais peut-être mieux avec un vieux marrant qu'avec Albert.

Albert qui s'adonnait à la contemplation de ses ongles a levé la tête, stupéfait. Céleste s'est levée et froidement m'a annoncé Nous allons nous marier Maman, nous étions venus pour te l'annoncer. Par-dessus la table elle a tendu la main à son fiancé. Que ces jeunes gens sont ridicules, j'ai pensé. Bien, bien, j'ai dit, tu viens de le faire. Je cherchais quelque chose d'agréable à dire. Je suis tout de même une personne civilisée ayant reçu une bonne éducation. Mais tout ce que j'ai trouvé c'est Ça me fait plaisir, ma fille, de voir que tu es capable de faire une bêtise. Tu as toujours été tellement réfléchie.

Elle n'a même pas claqué la porte en sortant. Quand on dit que les chiens ne font pas des chats, je pense toujours à elle et moi...

jeudi 2 octobre 2008

Le bain de Mémé

Le premier du mois, je prends un bain. Je me laverais bien plus souvent mais c'est toute une histoire d'escalader le rebord de la baignoire, de tenter de ne pas glisser, de m'asseoir, de me relever. Puis, je ne raffole pas de l'odeur fleurie du savon et du shampooing que ma fille m'offre à chaque fois qu'elle vient.
Tu crois que les chats en mangent
? je lui demande à chaque fois. Elle se contente de hausser les épaules et refuse de me suivre dans la salle de bain pour contempler, dans le placard, les piles de savonnettes et la forêt de shampooing.
Chaque fois que j'en achète pour moi, j'en achète pour toi,
qu'elle précise, parfois, excédée.
Je siffle : C'est à cause d'Albert c'est ça ? Il n'aime pas ton odeur ? Ca ne m'étonne pas, c'est une chochotte ce type ! Ton père, lui il adorait renifler mes aisselles.
Maman
! crie Céleste.

Cette fois je me suis presque endormie dans mon bain. Quand Barnabé m'a téléphoné, dans la soirée, je le lui ai raconté, j'aurais pas dû. Il a pris une voix doucereuse pour me dire : Et si on reparlait de cette maison de retraite, celle que j'ai visité le mois dernier et qui te plairait ?
Pas question !
j'ai répondu.
Mais un jour tu vas oublier d'éteindre le gaz, te noyer dans ta baignoire, à ton âge, il ne faut pas rester seule.
Toujours les mêmes arguments. Il feint d'oublier qu'il m'a offert lui-même, à Noël, une super cuisinière avec des feux à j'sais-plus-quoi-sion qui s'arrêtent tout seuls si on ne pose pas une casserole dessus.
Ils ne prennent pas les chats
, d'abord. Trouve-moi une maison de retraite qui accepte les chats et j'irais. Barnabé a grogné dans le téléphone et j'ai éloigné le combiné afin de caresser le museau de Moustache qui passait à côté de moi.
Un seul chat
, ai-je entendu quand je l'ai rapproché de mon oreille.
Oui, bon, et ton mariage, ça se prépare ? j'ai enchainé.
Il a ri : Au fait, je ne suis plus avec Linda. J'ai rencontré quelqu'un.

A la fin de la conversation, je me suis mise à pleurnicher : T'aurais pas un billet à m'envoyer des fois ? Les chats ont bientôt plus rien à manger. A ce moment là, Loulou, en se frottant contre une pile de boîtes de pâtée, juste à côté de moi en a fait tomber quelques unes, je me suis sentie un peu bête. Il y a eu un silence gêné au bout du fil. Mais Barnabé a répondu : D'accord M'man mais tu t'achètes aussi un bon steack, d'accord ?
D'accord
mon fils préféré, promis ! j'ai dit, alors que je préfère nettement le poisson.

samedi 20 septembre 2008

La visite de Céleste

Ce matin, j'allais enfin m'installer devant l'ordinateur que Dédé m'a apporté lorsque Céleste est arrivée. J'ai dû planquer le matériel sous mon lit et, à cause de mes rhumatismes, cela a pris un certain temps. Comme d'habitude, le visage perclus de trous, avec une espèce d'os miniature sous le nez et une dent de requin qui lui traverse le sourcil droit, Céleste affichait un sourire crispé. Pourquoi as-tu mis si longtemps à ouvrir, a-t-elle demandé, je commençais à m'inquiéter ! Si au moins tu me donnais un trousseau de clefs ce serait plus pratique. J'ai feint de ressentir une douleur fulgurante dans le dos et elle n'a pas insisté. Bousculant Rossinante, Loulou et Renart, elle est allée remplir le frigo. Evidemment, elle n'avait rien pris pour les chats. Reniflant, elle a dit : Il n'y en a pas un de plus ? J'ai posé mon tricot poussiéreux sur les genoux, et, très lentement, j'ai enroulé le fil qui dépassait sur la pelote : Tu crois que j'aurais le temps de terminer le pyjama avant la naissance du bébé ? Quelques secondes durant, elle a eu l'air stupéfait. Puis, elle a gémi : Tu ne vas pas recommencer avec ça, tu sais bien qu'Albert ne veut pas d'enfant ! Oh, j'ai répondu, tu es toujours avec lui ? Je ne sais pas comment tu fais ! Elle a soufflé un baiser formel dans ma direction et elle est partie en refermant la porte un peu fort. A travers mes rideaux en dentelle, je l'ai regardée rejoindre son fiancé sur son scooter.